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Bonheur et travail, une histoire sans fin ?

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Margaux Lajouanie

10 septembre 2019

el trabajo

Le bonheur s’invite au travail. C’est tendance. Côté entreprises, l’enjeu est même stratégique pour attirer les talents. Mais bonheur et travail n’ont pas toujours été associés. Surtout, suivant l’époque et la culture, ces deux notions n’ont pas toujours eu le même sens.

 

Comment expliquer cette incursion de l’impératif de bonheur dans la sphère professionnelle ? Quelles solutions sont mises en œuvre pour réconcilier travail et bonheur ? Histoire d’une quête de notre temps.bonheur au travail google-1

 

Tapez « bonheur au travail » dans un moteur de recherche et vous constaterez l’intérêt porté par la société pour ce sujet. Google propose 86 900 000 résultats ! D’où vient cet engouement ? Est-il le fruit logique de l’histoire ? Une aspiration ancienne ?

 

Pour comprendre ce phénomène, il faut d’abord s’intéresser à la quête du bonheur, tout court. Aux yeux d’une majorité, elle est née avec la création des sociétés humaines. N’est-ce pas en effet l’un des fondements d’une existence réussie ?

250 ans à la recherche du bonheur

Pourtant, la « promesse du bonheur » dans la culture occidentale est relativement récente. « Jusqu’au XVIIIe siècle, la norme en Occident était d’adopter une approche légèrement attristée de la vie, assortie des mines du visage qui s’y prêtaient », écrit le professeur Peter N.Stearns dans la Harvard Business Review (1). « La liste des historiens ayant travaillé sur le bonheur n’est pas longue, mais ceux qui l’ont fait sont en général d’accord : au niveau de la rhétorique, tout du moins, un changement significatif s’est produit dans la culture occidentale il y a environ 250 ans ».

Pourquoi ? Plusieurs éléments de réponses sont avancés par les experts.

 

Le « moindre attachement à l’égard des fondamentaux chrétiens traditionnels comme le péché originel », ou les « avancées dans le confort des classes moyennes et supérieures : depuis l’amélioration du chauffage dans les habitations jusqu’à l’introduction des parapluies », cite Peter N. Stearns. « Un historien voit aussi dans le XVIIIe siècle une époque de progrès dans les soins dentaires, ce qui a permis aux gens d’ouvrir plus volontiers les lèvres pour sourire. Cet historien avance que le sourire énigmatique de Mona Lisa pouvait être le signe d’un embarras dû à des dents gâtées », ajoute l’universitaire.

 

Depuis, la recherche du bonheur et la culture du sourire ont pris leur essor, et se sont répandues dans la famille, l’éducation, la religion, la politique puis le travail. Mais dans ce dernier domaine, elle a d’abord servi des messages marketing.

 

Ce mouvement « a engendré de nouveaux empires commerciaux, comme la Walt Disney Company, avec sa devise corporate « Rendre les gens heureux » et ses employés chargés de convaincre les gens qu’ils étaient déjà heureux par le simple fait de se trouver dans un décor Disney. Il a créé les Happy Meal. Il a poussé Harvey Ball, un publicitaire, à créer en 1963 la figure du Smiley jaune, qui a connu un succès fulgurant », analyse encore Peter N.Stearns.

yellow smiley

Le travail, c’est tabou ?

Quant à tendre au bonheur en travaillant ? L’idée a cheminé plus lentement.

 

Antonyme de l’oisiveté heureuse dans l’Antiquité, synonyme de labeur aux premières heures de la Révolution Industrielle, puis nécessité ou ambition économique, le travail a longtemps été dissocié des questions de plaisir, de sens, de bonheur.

 

C’est finalement quand il a fini par manquer que la donne a changé. Quand le chômage a été théorisé par les économistes et a frappé des pans importants de la population. Puis les avènements de la mondialisation et de l’ère numérique, phénomènes créateurs de flexibilité et de nouvelles formes d’emploi ont contribué à déliter la frontière entre vie personnelle et vie professionnelle. Faisant entrer la question du bonheur au coeur des entreprises.

 

Le travail est la troisième activité de l’homme : autant s’y sentir bien !
Amélie Motte, Chief Happiness Officer - La Fabrique Spinoza

Ce n’est pas si étonnant finalement. Puisque cette quête est devenue culturelle, pourquoi s’arrêterait-elle à l’entrée de l’entreprise et se poursuivrait-elle une fois sortis ? Mais la question qui anime nombre de groupes, PME et start-ups aujourd’hui est complexe : comment contribuer au bonheur des collaborateurs ? Et sur quels critères s’appuyer pour mesurer ce bonheur ?

baromètre bonheur au travail




« Il ne s’agit pas tant que l’entreprise nous “rende heureux” mais qu’elle agisse sur les conditions et les processus qui vont contribuer à notre épanouissement au travail, estime Amélie Motte, Chief Happiness Officer de la Fabrique Spinoza (2). Cela répond d’abord à des enjeux humanistes et éthiques. Notre Baromètre National du Bonheur au Travail révèle que plus de la moitié des salariés ressentent du stress ou de la fatigue au travail et un quart s’ennuie au travail (bore-out). Ils ne trouvent pas de sens (44% brown out) ou se sentent en situation de surmenage ou burn out (24%). Le travail est la troisième activité de l’homme : autant s’y sentir bien ! Cela répond également à une attente forte des collaborateurs, en particulier des jeunes générations qui aspirent à travailler dans des entreprises plus humaines, dans lesquels ils pourront s’épanouir. »

L’heure des expérimentations

Et pour ce faire, « il est important d’explorer les 3 facettes constitutives du bonheur, poursuit Amélie Motte.  La dimension émotionnelle : est-ce que je vis plus d'affects positifs (joie, plaisir, etc) que d’affects d’affects négatifs (stress, colère, découragement, etc) dans mon quotidien professionnel ? La dimension cognitive : est-ce que je suis satisfait de mon travail, de mes conditions de travail, de mon salaire… ? La dimension aspirationnelle : est-ce que je trouve du sens à mon travail ? ».

La flexibilité des horaires et le télétravail se développent un peu partout. Le management devient plus bienveillant et les organisations s’horizontalisent.

Résultat aux Etats-Unis, dans les univers professionnels des Google, Facebook, Uber & Co, mais aussi en France et ailleurs, nouvelles organisations, nouvelles méthodes de management et de travail, nouveaux environnements et nouveaux outils se déploient pour fournir ces conditions d’épanouissement et de joie. Tout est fait pour que le salarié se sente comme chez lui. La flexibilité des horaires et le télétravail se développent un peu partout. Le management devient plus bienveillant et les organisations s’horizontalisent. L’intelligence collective est plébiscitée, tout comme les outils de travail collaboratif. Nombre de sociétés s’organisent aussi en teams et par mission. D’autres s’emploient à valoriser les salaires via des participations au capital ou des primes.

 

Chez UpSlide par exemple, start-up qui développe des logiciels pour “mieux travailler”, un département « People » a été créé en 2018, pour “favoriser la réussite et l’épanouissement de chacun, à travers des outils, des formations ou encore du coaching”. "Nous avons également lancé des sessions « Friday’s Knowledge » : chaque vendredi matin, un intervenant – interne ou externe – nous partage son expertise, explique la jeune entreprise. Et nous encourageons le télétravail pour assurer à chacun un équilibre vie pro-vie perso satisfaisant. Des activités pour favoriser la cohésion d’équipe sont également proposées au quotidien : cours de fitness et yoga hebdomadaires, séminaires biannuels, apéros mensuels et goûters d’équipe chaque jeudi”. Résultat, UpSlide est arrivé en tête du classement Happy at Work 2019 pour les start-up de plus de 26 salariés.

 

Nombre d’entreprises s’évertuent à créer un esprit de tribu. « Une cuisine est mise à disposition des salariés pour qu’ils préparent des produits frais et sains puis déjeunent tous ensemble. Cela porte en interne des valeurs comme le bien manger mais surtout le faire ensemble, ce qui à terme facilite la cohésion d’équipe. Pour bien équilibrer le tout, une salle de sport accueille un cours de yoga le lundi midi, de boxe le mercredi et de pilates le vendredi ! Il y en a ainsi pour tous les goûts », témoigne Solenne Mutez, chez La Ruche qui dit oui.

Et demain ?

Je travaille à être heureux, c'est le plus beau des métiers.

Robert Lassus

 

Le 21e siècle voit donc le bonheur érigé en but existentiel, culturel, professionnel et économique. On pourrait difficilement ne pas s’en réjouir, tant la quête est vertueuse. Gardons cependant à l’esprit que la tristesse aussi est humaine et doit pouvoir s’exprimer. Puisque le bonheur n’est ni inné ni acquis pour l’éternité, travaillons-y gaiement. « Je travaille à être heureux : c’est le plus beau des métiers », disait autrement le journaliste et écrivain Robert Lassus.

 

Et l’idéal du travail continuera à évoluer. En ce sens, les enjeux du futur doivent être appréhendés par les entreprises engagées dans une démarche « pro » bonheur au travail. On peut penser à la complémentarité homme-machine par exemple. Un sujet aujourd’hui très angoissant pour les travailleurs et sur lequel il faudra rassurer certes, mais surtout innover.
salariés heureux au travail

 

« Entre ce futur du travail idéal et l’état actuel, il y a encore du boulot mais il faut commencer et essaimer, souvent dans le silence, écrit Catherine Testa, auteure du livre Osez l’Optimisme et co-fondatrice du Club CHO, sur son compte LinkedIn. Je crois que chaque entreprise devrait arrêter de penser clients, prospects, salariés… mais chercher à penser individus et singularités et comprendre son empreinte dans un contexte sociétal ».

 

 

 

Et PayFit ?

 

Aujourd’hui chez PayFit, on est convaincu qu’une nouvelle page sur le sens du bonheur au travail est en train de s’écrire et on souhaite y prendre part. Nos convictions font leur petit bonhomme de chemin et nos actions suivent ; nous estimons que la vie professionnelle ne doit pas empiéter sur la vie personnelle des employés mais que nous pouvons et devons contribuer à notre échelle à l’épanouissement de chaque individu.

 

 

(1) Une histoire du bonheur par Peter N. Stearns, Harvard Business Review, décembre 2015-janvier 2016

(2) Peut-on être heureux au travail ?, interview publiée sur iscom.fr